Négociation pour la paix, maintien du statu quo

Les accords de paix étaient assortis de plusieurs clauses, dont deux en faveur de la Russie : le respect de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de Abkhazie et l’exclusion de toute intervention militaire dans ces deux républiques indépendantistes qui sont ses alliées. Les Etats-Unis étant absents de ces accords, la Russie a eu des coudées franches pour limiter son influence et obtenir un poste avancée en Ossétie du Sud, au cœur même de la Géorgie et aux portes de Tbilisi, sa Capitale. Par ailleurs, Kremlin, qui accuse Washington de réarmer la Géorgie sous prétexte humanitaire, a déjà signé des traités de coopération militaire avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud pour parer à toute éventualité de récidive. Certes, les accords ont permis le retour à la paix en Géorgie et en Ossétie du Sud, la Russie, pour sa part, en tire de grands avantages, d’abord, en faisant reconnaître tacitement derrière ces accords le statut de ses alliés. Et bien plus, elle utilise la guerre en Ossétie comme un moyen de dissuasion et une menace pour tout pays de la Caucase qui desservirait ses intérêts dans le cadre d’une quelconque alliance.

Europe, entre deux chaises

Nicolas Sarkozy, qui a offert ses bons offices pour le compte de l’UE, s’est trouvé dans l’obligation d’adopter une position de neutralité propre à la médiation, laissant à l’abandon ses contestations de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et ses condamnations de l’intervention militaire disproportionnée de la Russie en Géorgie. Les pays occidentaux, qui avaient également fait des condamnations, chacun allant de son ton, ont fini par perdre cette sévérité du départ, se complaisant dans des discours fort mitigés. On a l’impression, à certains moments, que les pays occidentaux marchent en ordre dispersé, chacun travaillant pour ses intérêts à défendre ou à sauvegarder dans la Caucase. L’attitude de la plupart de ces pays est aujourd’hui à la prudence vis-à-vis de la Russie. Et pour ne pas la fâcher, ils se sont opposés au projet US d’intégrer la Géorgie dans l’OTAN, d’installer des boucliers anti-missiles en Pologne ou dans l’UE, craignant ainsi, en plus de compromettre leurs intérêts, de devenir la cible du plan d’attaque russe. L’appel de Condeleezza Rice aux pays occidentaux de « faire l’unité contre la Russie autoritaire et agressive » est presque passé en Europe comme un cri dans le désert. Mais, la Russie, qui veut s’intégrer dans un système économique et politique international, est prêt à respecter les intérêts de tout pays occidental, à condition pour celui-ci de reconnaître son leadership dans la Caucase. La guerre en Ossétie du Sud faisant office de test, aucune manœuvre de mise à l’écart de la Russie dans la Caucase n’est plus possible.

Azerbaïdjan, prétexte de neutralité

Azerbaïdjan se dit vouloir pratiquer une politique de neutralité positive. Son Président Liham Aliyaev l’a fait savoir lors de la brève visite du Vice-Président américain Dick Cheney venu à Bakou solliciter un accord pour la construction du pipeline Bakou-Tbilisi-Ceylan qui contournerait ainsi la Russie. Le Président d’Azerbaïdjan a répondu qu’ « il n’est pas prêt à donner son aval à un démarrage du projet Nabcco (projet US avec certains partenaires occidentaux) tant que Bakou n’avait pas encore complété ses négociations avec le Russe Gazprom, ou à faire effectivement autre chose pour soutenir Washington et (par conséquent) se confronter à Moscou, étant donné ce qui s’était passé en Géorgie. » Dans sa ‘politique étrangère équilibrée’, la balance penche beaucoup plus du côté russe. Selon certaines sources crédibles, Le Président Liham et son homologue russe, qui ont eu de longs entretiens au téléphone pendant la visite de Dick Cheney à Bakou, ont envisagé une rencontre au sommet, dans les brefs délais, en vue de renforcement de leurs relations.

Iran, alternative de retour en force

Considéré par les Etats-Unis comme un des pays de l’axe du mal, l’Iran pourra devenir un interlocuteur fréquentable et valable sur le projet Nabucco. Mehti Safar, vice-ministre des affaires étrangères a exprimé dernièrement l’opposition d’Iran à la construction du pipeline sous la mer caspienne, arguant que « cela peut endommager le système écologique sous marin ». Il a proposé une alternative : soit que le transport du gaz de Nabucco s’effectue via la Fédération de la Russie ou soit via Iran. En attendant de trouver une solution, on reparlera moins du nucléaire iranien, et pour la Russie, le temps qu’il faudrait aux Etats-Unis pour y parvenir, devient son allié contre un adversaire en difficulté de disposer de moyens stratégiques et de s’enrichir.

Anti-américanisme en Amérique latine, porte d’entrée pour la Russie

La Russie envisage une stratégie d’encerclement des Etats-Unis par l’Amérique latine où l’anti-américanisme gagne beaucoup de pays, notamment le Venezuela qui a signé un accord d’achat d’équipement militaire, et dont les livraisons ont défrayé les chroniques. L’intention de la Russie s’inscrit dans le cadre d’une politique de rétorsion et de menace aux portes des Etats-Unis.

Trop tôt pour crier victoire !

Tout compte fait, la Russie a engrangé quelques avantages diplomatiques, mais il n’y a pas lieu de parler d’une victoire sur toute la ligne puisque Washington, super-puissance, n’a pas encore dit son dernier mot. Et sa force de persuasion n’est pas à sous-estimer dans la Caucase où les pays ne sont pas tous fiables vis-à-vis de la Russie, malgré sa force de dissuasion.