http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/12/01003-20080812ARTFIG00012-une-mosaique-de-peuples-entre-rancunes-anciennes-et-nouvelles-offenses-.php
11/08/2008 | Mise à jour : 23:00 | Commentaires
De part et d'autre de la montagne Blanche du Caucase, les conflits entre les différentes ethnies, dont les Ossètes et les Abkhazes au cœur de la «guerre» qui oppose aujourd'hui Russes et Géorgiens, n'ont pas cessé.
Les Caucasiens ont le sang chaud. Au Nord comme au Sud. Ils ont également le goût du théâtre et des grandes tirades apocalyptiques. Peut-être parce qu'ils vivent sur une terre, entre mer Noire et Caspienne, perpétuellement soumise à des cataclysmes naturels : inondations, séismes, glissements de terrain, avalanches. Sur les hauteurs de la montagne Blanche, les hommes aussi s'enflamment facilement. Mais ils ne se contentent pas de mots. Depuis la nuit des temps, les conflits dans la région sont si innombrables qu'il est impossible de les énumérer. Lorsque la Russie, à la fin du XVIIIe siècle, s'empare de tout le Caucase - du Daghestan à la Tcherkessie, la guerre durera plus de soixante ans -, elle devra faire face à des émeutes, des insurrections et des révoltes sans fin. Pour les résoudre, Saint-Pétersbourg et, après la Révolution, Moscou joueront des rivalités entre ethnies. Elles forment une gigantesque mosaïque de peuples, tous plus jaloux les uns que les autres, de leur particularisme, de leur langue ou de leur culture.
Les Ossètes, au cœur de la «guerre» qui vient d'opposer les Russes aux Géorgiens, sont une de ces ethnies. Au Nord, leur République autonome, qui fait partie de la Fédération de Russie, s'appelle l'Alanie et sa capitale Vladikavkaz. L'Ossétie du Sud, région de la Géorgie, jouissait également, depuis 1922, d'une forme d'autonomie. Elle fut abolie par le Parlement de Tbilissi après l'effondrement de l'URSS et la proclamation d'indépendance de la République géorgienne.
«Déni de justice»
Descendants des Alains, les Ossètes n'ont jamais accepté ce «déni de justice» et, à l'issue d'un conflit armé qui a fait plus de 3 000 morts, ont décrété leur sécession. Pour «geler» le conflit, Boris Eltsine et Edouard Chevardnadze avaient signé un traité en 1992. Depuis, des forces de maintien de la paix, composées de Russes, d'Ossètes et de Géorgiens, stationnent à Tskhinvali. Des incidents, quelques escarmouches ou bien des troubles plus importants émaillent les années. Ils sont alimentés tour à tour par les Russes, les Géorgiens, les Ossètes eux-mêmes ou bien des «agents» qui servent des intérêts pétroliers étrangers.
Après la «révolution des roses» et l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Saakachvili, un ancien avocat qui a travaillé à New York, les relations entre Tbilissi et Tskhinvali se tendent au point de se rompre en 2006. Le jeune président, qui veut rejoindre l'Otan et à terme l'Union européenne, exige que l'Ossétie du Sud revienne dans le giron géorgien. Les séparatistes ossètes n'en ont cure. Et Moscou les soutient. La grande majorité des habitants de la province dispose d'un passeport russe et la monnaie en usage est le rouble. Comme en Abkhazie. Une autre région séparatiste de Géorgie.
Située sur la mer Noire, ancienne riviera des apparatchiks de l'Union soviétique, l'Abkhazie a proclamé son indépendance en 1992.
Capitaux et troupes russes
Les Abkhazes sont majoritairement musulmans, mais il ne s'agit pas d'un conflit religieux avec les Géorgiens, plutôt d'une vieille querelle ethnique. Les Abkhazes s'estimant méprisés par Tbilissi. La guerre qui avait opposé la Géorgie à Soukhoumi avait été autrement meurtrière que celle d'Ossétie du Sud. Elle aurait coûté la vie à plus de 13 000 personnes entre 1992 et 1993. Deux cent cinquante mille Géorgiens avaient fui la province. Là encore Moscou apporte son aide aux sécessionnistes. Les capitaux russes affluent sur le littoral. Les troupes également.
Au mois de janvier dernier, lors de la campagne présidentielle, Mikhaïl Saakachvili, candidat à sa réélection, avait affirmé que «la réunification de la Géorgie est le principal objectif de (sa) vie». Son intervention en Ossétie, aussitôt suivie par une riposte russe et «l'état de guerre» proclamé en Abkhazie, ne devrait pas le rapprocher du but de son existence.
Dans les deux enclaves séparatistes, fortes du soutien de la Russie, les rancunes anciennes sont ravivées par les nouvelles offenses. Dans le Caucase, on ne les oublie jamais. Et si d'aventure les peuples voulaient en perdre le souvenir, les acteurs du nouveau «grand jeu» qui se déroule dans la région autour des routes du pétrole ne leur en laisseraient pas la liberté.

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