| | Le vendredi 8 août, jour même où la paix et la concorde entre les peuples étaient fastueusement célébrées à Pékin à l'occasion de l'impressionnante ouverture des Jeux olympiques, éclatait en Asie centrale une nouvelle guerre d'un type inédit. |
| | Une guerre d'une ahurissante dimension néo-stalinienne. Elle oppose la République de Géorgie à la Russie et à la république séparatiste et autoproclamée d'Ossétie. Comment qualifierait-on ce conflit surgi du fond de la mer Caspienne où s'entrechoquent avec violence un vertige identitaire inouï, le syndrome du séparatisme le plus virulent mais aussi ce que la politologue Hélène Carrère d'Encausse avait bel et bien appelé la «revanche des nations»! L'image de ce nouveau brasier en plein Caucase pourrait à vrai dire être réductrice et illustrer surtout un simple conflit territorial si les arrière-plans idéologiques n'étaient pas aussi pesants et les ferments pétroliers et gaziers puissants. La Géorgie se réclame du principe intangible d'intégrité territoriale sur un territoire qui lui revient de facto depuis sa constitution en 1991 en république indépendante après la dislocation de l'empire soviétique. Elle est candidate déclarée de l'OTAN, très proche de l'Union européenne, elle-même ballotée entre le réalisme qui la fait pencher vers la Russie, pourvoyeuse de gaz, et une Géorgie acclamée comme le pont d'appui occidental.
Le nationalisme géorgien, éprouvé déjà pendant deux guerres, s'oppose à présent au séparatisme de l'Ossétie que Moscou encourage, finance et appuie militairement. L'on se demande, dans ces conditions, si le problème-au lieu d'être celui de l'Ossétie du Sud qui s'est proclamée indépendante-n'est pas celui de la Géorgie que le maréchal Staline avait créée de toutes pièces et confirmée en tant que république autonome après les accords de Yalta en 1945? Le nationalisme grand-russe s'oppose à présent à l'identité nationale de la Géorgie et l'Ossétie, comme aussi la république d'Abkhazie autoproclamée mais non reconnue par aucun Etat, ne sont qu'un prétexte pour ramener la Géorgie dans le grand giron russe au non d'un principe: la grandeur géostratégique qui n'hésite pas à recourir au séparatisme et à la doctrine de micro-Etats…
Les Nations unies, comme aussi les puissances européennes, sont confrontées à un phénomène non pas inédit, mais accentué dans sa dimension symbolique: elles ont encouragé de toutes leurs forces la création d'un mini-Etat au Kosovo, quitte à s'aliéner la Russie et la Yougoslavie, ne cessant de vanter les vertus du séparatisme dont Belgrade n'a pas encore fini de panser les plaies. Aujourd'hui, Ossétie du Sud, Ossétie du Nord et Abkhazie réclament, les armes à la main, le même sort que le Kosovo… Et du coup, Union européenne et Etats-Unis crient au scandale! Que faire? Dans un cas comme dans l'autre, le principe d'intégrité territoriale a été violé et l'utopie selon laquelle tout groupe humain-70.000 habitants en Ossétie du Sud et 200.000 en Abhkazie-peut s'autoproclamer indépendant et prétendre former un Etat national, tient du suicide ni plus ni moins… Les micro-Etats ne sont pas viables sur la simple base d'une autoproclamation. Les «bombes à retardement» sont en effet nombreuses dans cette partie des Balkans… | |
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