2008-08-13

Sarkozy appelle à «donner corps au cessez-le-feu»


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De notre envoyé spécial à Moscou et Tbilissi Charles Jaigu
13/08/2008 | Mise à jour : 00:25 |
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Nicolas Sarkozy, accompagné de Bernard Kouchner, a rencontré Dmitri Medvedev mardi au Kremlin.
Nicolas Sarkozy, accompagné de Bernard Kouchner, a rencontré Dmitri Medvedev mardi au Kremlin. Crédits photo : AP

Le président français a négocié trois heures et demi durant avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, et le premier ministre, Vladimir Poutine, les modalités de la cessation des hostilités en Géorgie.

Ils se sont fait longtemps attendre. Le déjeuner de travail qui devait durer une heure à peine s'est transformé en un marathon de près de trois heures et demie. Avec un seul sujet au menu : le cessez-le-feu en Géorgie. Invité surprise au déjeuner de travail prévu entre Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, le premier ministre Vladimir Poutine a sans doute contribué à rallonger beaucoup la discussion. Son arrivée dans l'enceinte du Kremlin, dont il a été l'hôte si longtemps, était bien le signe que la guerre russe dans le Caucase est avant tout l'affaire du tout-puissant premier ministre. Nicolas Sarkozy, quant à lui, n'avait qu'un seul objectif : faire coïncider son arrivée à Moscou avec l'annonce par les autorités russes d'un cessez-le-feu. Après avoir obtenu l'engagement de Medvedev sur ce point dans la soirée de lundi, le chef de l'État a quitté le cap Nègre, où il passe ses vacances depuis le 21 juillet, très tôt mardi matin. Dmitri Medvedev annonçait dans la foulée le cessez-le-feu à la télévision russe.

En arrivant dans le salon d'apparat du Kremlin, Dmitri Medvedev a remercié Nicolas Sarkozy d'avoir «participé au règlement d'un problème compliqué». «L'opération qui a été menée par le contingent renforcé de maintien de la paix a terminé son activité. L'agresseur a été puni et désorganisé», s'est félicité Medvedev dans le style impérial qu'affectionne le Kremlin. «Nous avons défendu les intérêts russes», a-t-il ajouté. Restait à assortir la promesse russe de garanties durables, à «donner corps à un cessez-le-feu», selon l'expression du chef de l'État français. Car «s'il est parfaitement normal, comme l'a souligné Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne, que la Russie veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Russes en Russie et des russophones à l'extérieur de la Russie, il est normal également que la communauté internationale veuille garantir l'intégrité, la souveraineté et l'indépendance de la Géorgie».

Moscou souhaite l'autodétermination des Ossètes

Le nouveau président russe, qui n'a rencontré personnellement Nicolas Sarkozy qu'au G 8 au Japon, est souriant et accueillant. Mais, sur le fond, celui que les politiciens occidentaux peignaient déjà en «colombe» a gardé la terminologie du «faucon» Vladimir Poutine. Il fixe en effet plusieurs conditions à l'application d'un cessez-le-feu. En premier lieu, «le retrait de toutes les forces géorgiennes sur leurs bases». À cela, il en ajoute une autre, très floue et inattendue : «La démilitarisation partielle de certains contingents militaires géorgiens.» Puis le président russe renvoie vers la signature du texte proposé par la France, «contraignant la Géorgie à ne pas user de la force».

Trois heures plus tard, c'est dans l'imposante salle de presse du Kremlin, coiffée d'une magnifique coupole à caissons, que Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev ont réapparu pour rendre publics les «six principes» du cessez-le-feu «provisoire», selon la prudente expression de Nicolas Sarkozy. «L'engagement de ne pas recourir à la force», celui de cesser «définitivement toutes les hostilités», ou encore «l'accès libre à l'aide humanitaire»,le «repli des forces géorgiennes dans leur lieu habituel de cantonnement» forment les premiers principes. «Les forces militaires russes se retireront sur une ligne antérieure au début des hostilités. En attendant un mécanisme international, les forces de paix russes mettront en œuvre les mesures additionnelles de sécurité», a précisé Nicolas Sarkozy.

Le sixième point est l'ouverture de discussions internationales sur le statut futur de ces régions. «La solution durable n'a pas été trouvée. Il y a un engagement russe de garantir la souveraineté de la Géorgie» , s'est félicité Nicolas Sarkozy, ce que le président russe a confirmé, tout en appelant à l'autodétermination des Ossètes et des Abkhazes, et en se réclamant de l'exemple du Kosovo, qui lui aussi s'est détaché de la Serbie «en invoquant ce droit». Avant de s'en prendre aux «mensonges de Saakachvili sur un prétendu cessez-le-feu».«La différence entre les fous et les gens normaux, c'est que les fous, quand ils sentent l'odeur du sang, il est très difficile de les arrêter», a-t-il lâché sur un ton égal. «Vous voyez que les plaies sont à vif. La guerre n'est jamais une solution. La France le pense à l'égard des Géorgiens lorsqu'ils ont pris certaines initiatives, et la France l'a dit aux Russes», a enchaîné Nicolas Sarkozy.

«On essaye d'arrêter les souffrances»

Avant de s'envoler en fin d'après-midi pour Tbilissi à la rencontre de son homologue géorgien, le président de la République semblait satisfait de son initiative de médiation. «Ce qu'on essaye, c'est d'arrêter les souffrances, d'arrêter les morts. Nous sommes dans une situation d'urgence et notre objectif n'était pas de régler tous les problèmes.» Mais d'agir.

«Comme tu vois, je suis là. Je n'ai pas écouté les conseils de ceux qui me disaient de ne pas venir. Il me semble très compliqué de résoudre des crises elles-mêmes compliquées si on ne se parle pas», avait lancé Nicolas Sarkozy à son arrivée à Moscou. «Tu as bien fait. C'est celui qui a une position active qui est payé de retour», lui avait rétorqué Dmitri Medvedev avant que ne commence une longue séance de négociations qui aura duré deux fois plus longtemps que prévu.

Ambiance surchauffée

Ces derniers jours, l’Élysée avait fait savoir aux autorités russes que Saakachvili avait dilapidé en une nuit son capital de sympathie en prenant une décision qui était « une folie ». Il avait aussi souligné qu’à leurs yeux la réaction russe avait été « disproportionnée », mais que la France la « comprenait ». Cette position médiane a été « bien reçue à Moscou », note un diplomate, d’autant plus que George Bush avait, quelques jours plus tôt, critiqué avec véhémence la réaction militaire russe. Après avoir obtenu l’engagement de Medvedev sur ce point dans la soirée de lundi, Nicolas Sarkozy avait quitté le Cap Nègre, où il passe ses vacances depuis le 21 juillet, très tôt hier matin. Dmitri Medvedev annonçait dans la foulée le cessez-le-feu à la télévision russe. En arrivant dans le salon d’apparat du Kremlin, Dmitri Medvedev a remercié Nicolas Sarkozy d’avoir « participé au règlement d’un problème compliqué ». « L’opération qui a été menée par le contingent renforcé de maintien de la paix a terminé son activité. L’agresseur a été puni et désorganisé », s’est félicité Medvedev dans le style impérial qu’affectionne le Kremlin. « Nous avons défendu les intérêts russes », a-t-il insisté. Restait à assortir la promesse russe de garanties durables. Si le nouveau président russe, qui n’a rencontré personnellement Nicolas Sarkozy qu’au G8 de au Japon, est souriant et accueillant, sur le fond, celui que les politiciens occidentaux peignaient déjà en colombe a gardé la terminologie du « faucon » Vladimir Poutine. « Désormais, la balle est dans le camp de Saakachvili », a conclu sobrement le président russe.
L’accord russe en poche, Nicolas Sarkozy s’est envolé vers Tbilissi, convaincu que les Géorgiens n’avaient pas d’autre solution que de « toper ». Changement de décor : le président atterrit par une nuit douce, dans une ambiance surchauffée. Entraîné par Saakachvili, il arrive dans la majestueux palais présidentiel, où l’on entend toute proche la rumeur de la foule des supporteurs du président géorgien. « J’aurais préféré accueillir mon ami Sarkozy dans une occasion plus joyeuse, a glissé dans un français parfait Mikhaïl Saakachvili. Cela me rappelle Prague en 68 ou Budapest en 56 ». Ce dernier a annoncé un peu plus tard un accord, tout en réclamant des précisions sur le plan de paix proposé.

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