2008-08-15

Rice arrive à Tbilissi, l'armée russe continuerait son avancée



Vendredi 15 août 2008

Alors que selon les autorités géorgiennes, l'armée russe bloque toujours Gori et avance vers Koutaïssi, deuxième ville de Géorgie, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice est attendue à Tbilissi.

http://www.france24.com/fr/20080815-rice-tbilissi-armee-russe-avancee-georgie-russie-Koutaissi&navi=MONDE

Au septième jour du conflit, jeudi, les forces russes se dirigeaient vers Koutaïssi, la deuxième ville de Géorgie, a affirmé Tbilissi qui s'apprête à recevoir vendredi la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, dont le pays durcit le ton envers Moscou.

Quelque 130 blindés russes ont quitté la ville géorgienne de Zougdidi, dans l'ouest, près de la région séparatiste d'Abkhazie, pour rouler en direction de Koutaïssi, a annoncé à l'AFP le porte-parole du ministère géorgien de l'Intérieur Chota Outiachvili.

Un haut responsable américain a, lui, accusé jeudi les forces russes d'avoir participé à une attaque contre les troupes géorgiennes dans les gorges de Kodori, partie de l'Abkhazie qui était en partie contrôlée par les Géorgiens.

En revanche, l'ambassadeur de France à Tbilissi, Eric Fournier, a annoncé l'engagement de la Russie de retirer, au plus tard vendredi, ses forces de Gori, dans le centre de la Géorgie.

Une série d'explosions ont été entendues et de la fumée se dégageait dans la journée autour de Gori, principale ville géorgienne près de l'Ossétie du Sud, un autre territoire indépendantiste, a constaté un journaliste de l'AFP, sans pouvoir évaluer l'étendue des dégâts éventuels.

Dans le même temps, les Etats-Unis ont affiché leur fermeté vis-à-vis de la Russie, à la veille de l'arrivée prévue en Géorgie de leur chef de la diplomatie.

Ainsi, si le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a exclu jeudi le recours à une intervention militaire de Washington dans le conflit russo-géorgien, il a averti que les relations américano-russes risquaient d'être affectées à long terme si Moscou ne changeait pas d'attitude.

L'armée américaine a d'ores et déjà annulé un second exercice militaire programmé pour la fin du mois en commun avec la Russie, en raison du conflit russo-géorgien.

Quant au président George W. Bush, il a assuré aux dirigeants d'Ukraine et de Lituanie qu'il restait entièrement attaché à "une Géorgie souveraine et libre et à son intégrité territoriale".

Par ailleurs, les Etats-Unis, ainsi que la France, ont dépêché jeudi en Géorgie de nouveaux avions de transport chargés d'aide humanitaire destinée aux victimes du conflit en Géorgie, où l'accès aux zones ayant besoin de cette aide ne s'est pas améliorée depuis le cessez-le-feu.

Un deuxième avion de transport militaire américain C-17 a ainsi atterri jeudi à Tbilissi.

Un haut responsable de l'armée russe s'est toutefois interrogé sur la nature réelle de cette aide.

"Demandons à la partie américaine de nous convaincre que les cargaisons de ses avions de transport sont de l'aide humanitaire", a dit le chef adjoint d'état-major Anatoli Nogovitsyne. "Pourquoi ne pas lever le rideau sur ce qui est livré ? Nous, les Russes, cela nous inquiète", a-t-il ajouté.

Moscou a en outre continué à dénoncer la responsabilité présumée des Etats-Unis dans l'opération militaire géorgienne ayant déclenché le conflit et les a mis en garde contre tout soutien à Tbilissi qui risquerait d'aboutir "à la répétition du tragique scénario" de l'Ossétie du Sud.

Condoleezza Rice va présenter à Tbilissi des "clarifications" sur le plan de paix en six points approuvé mardi par les Géorgiens et les Russes.

La secrétaire d'Etat américaine et le président français Nicolas Sarkozy ont à cet égard appelé jeudi les Russes et les Géorgiens à le signer "sans délai" .

L'accord prévoit le retour des forces géorgiennes dans leurs casernes et le retrait des troupes russes sur leurs positions d'avant le début du conflit en Ossétie du Sud le 8 août.

Mais la Géorgie, impatiente de les voir partir, soupçonne les Russes de traîner les pieds. D'autant que Moscou semble souffler le chaud et le froid.

"Toute la nuit (de mercredi à jeudi), ils (les Russes) ont dit qu'ils partiraient (de Gori) mais ils ont changé d'avis. Les forces géorgiennes ont interrompu (leur retour à Gori) afin d'éviter les accrochages avec les Russes", a déclaré le porte-parole du ministère géorgien.

Le commandement russe avait assuré mercredi que les troupes russes resteraient deux jours dans la cité pour assurer un transfert progressif de son contrôle aux forces de l'ordre géorgiennes.

"Les troupes russes détruisent Gori et "elles détruisent tout dans le port de Poti" ainsi que les routes de l'ouest du pays, a affirmé Chota Outiachvili.

Des accusations aussitôt démenties par le commandement russe qui a fait état de simples opérations de "reconnaissance" sur le terrain.

L'Ukraine, également critiquée par la Russie pour son soutien à Tbilissi, a annoncé jeudi que les navires militaires russes partis de Sébastopol (Crimée, sud de l'Ukraine) pour appuyer les "forces de paix" russes en Géorgie, devraient demander une "autorisation" à Kiev afin de revenir à leur base navale que Moscou est contrainte de louer à l'Ukraine depuis la fin de l'URSS.

Par ailleurs, la Russie a fait savoir qu'elle pourrait reconnaître l'éventuelle indépendance des régions séparatistes de Géorgie.

Le président russe Dimitri Medvedev a déclaré que Moscou "soutiendrait" et "garantirait" sur la scène internationale "toute décision que prendraient les peuples d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie" sur leur statut, en recevant les "présidents" des deux territoires indépendantistes géorgiens, l'Abkhaze Sergueï Bagapch et l'Ossète Edouard Kokoïty, au Kremlin.

Les deux entités sont déterminées à obtenir leur indépendance, ont déclaré leurs dirigeants devant la presse.

"L'aspiration du peuple d'Ossétie du Sud à l'indépendance est inchangée", a souligné M. Kokoïty. "Le but est fixé et nous irons vers cet objectif ensemble", a renchéri son homologue abkhaze.

A Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud, un journaliste de l'AFP a constaté que l'aide humanitaire russe, arrivée dans la ville, n'était pas encore distribuée aux rares habitants restés sur place de crainte de pillages.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit jeudi "extrêmement préoccupé" par la situation humanitaire en Géorgie.

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