http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/08/15/questions-autour-du-piege-qui-aurait-ete-tendu-aux-georgiens_1083918_3214.html
Le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, est accusé par ses ennemis russes d'avoir fait le malheur de son peuple en ordonnant à ses forces, le 7 août au soir, de lancer une offensive sur Tskhinvali, la capitale sud-ossète. Les amis de M. Saakachvili ne sont pas loin de penser la même chose mais considèrent, en général, qu'il a été poussé à la faute par les Russes, désireux de "punir" l'ami des Américains. Ce dernier réfute ces interprétations.
La décision a été prise, a précisé M. Saakachvili le 12 août à la BBC, "dix minutes après que 150 tanks russes ont franchi le tunnel de Roki", qui relie Ossétie du Nord et Ossétie du Sud. Soit après le début de l'invasion militaire russe, qui, selon lui, aurait ainsi eu lieu de toute façon. "M. Saakachvili ment", répond, à l'unisson du Kremlin, l'expert militaire russe Alexandre Goltz, à la plume pourtant critique sur l'état de son pays et sur ses dirigeants. "Cette colonne de chars, celle de la 58e armée, ne s'est mise en marche que le lendemain à 17 heures, une lenteur qui prouve que l'armée russe ne s'y attendait pas", assure-t-il, interrogé par téléphone à son domicile moscovite.
Un expert militaire occidental a cependant estimé, sous couvert d'anonymat, que la coordination poussée dont ont fait preuve infanterie, aviation et marine russes suppose qu'elles aient été mises en alerte à l'avance – ce qui pourrait aussi s'appliquer à l'impressionnant accompagnement médiatique et humanitaire, lancé dans la foulée. Mais, selon M. Goltz, "la politique russe a toujours consisté à entretenir autour de la Géorgie un chaos régulé, en empêchant qu'il ne se transforme en guerre".
"COMME EN YOUGOSLAVIE"
Le 8 août non plus, "les forces russes ne s'attendaient pas à l'attaque de M. Saakachvili, sinon Vladimir Poutine n'aurait pas été à Pékin ni le président Medvedev en vacances", indique l'expert russe. En mettant sur le compte de cette "direction bicéphale" – "un état de fait que les militaires n'aiment pas, eux qui ont besoin d'un chef unique" – ce qu'il assure avoir été "l'embarras initial" de l'état-major russe.
M. Goltz reconnaît pourtant que cela semble contradictoire avec les manœuvres que la 58e armée avait lancées le 15 juillet à la frontière avec la Géorgie, où des manœuvres géorgiennes parallèles commençaient au même moment ! M. Goltz prête foi également à la thèse russe selon laquelle c'est le président géorgien qui a planifié son attaque, camouflée sous l'offre de paix qu'il fit le 7 août à 20 heures, au moment même où ses chars se lançaient sur Tskhinvali.
"Mais lorsque les militaires russes ont reçu l'ordre de répondre à la guerre par la guerre, ajoute l'expert, ils ne se sont pas privés de bombarder toutes les bases militaires géorgiennes, pour démoraliser l'ennemi, comme les Américains l'ont fait en Yougoslavie, mais aussi pour régler tous leurs problèmes à la fois, en s'assurant que l'armée géorgienne ne soit pas, et le plus longtemps possible, un facteur qui compte dans le Caucase."

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