2008-08-20

Misères et malheurs de la guerre du Caucase, par Dominique Dhombres

LE MONDE | 19.08.08 | 13h25

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/19/miseres-et-malheurs-de-la-guerre-du-caucase-par-dominique-dhombres_1085459_3232.html

Sur TF1, dans le journal télévisé du soir, lundi 18 août, on pouvait voir un reportage de Patrick Fandio en Ossétie du Sud. "Soudain, sur la route, l'odeur du brûlé. Des maisons qui viennent de partir en fumée. Elles ont toutes une particularité. Elles avaient le tort d'appartenir à des Géorgiens. Des Géorgiens qui, dans quelques minutes, n'auront pas d'autre choix que de s'enfuir de l'Ossétie du Sud, dans ce convoi, sous la garde armée des Russes", explique le journaliste pendant qu'on voit ces malheureux Géorgiens d'Ossétie du Sud, souvent âgés, monter dans des autocars qui les emmènent à Gori, à trente kilomètres de là. Ils quittent leurs maisons dévastées sans espoir de retour. "Nous avons été forcés de partir. Ils ont mis le feu à nos maisons et ont pris tout ce qui avait de la valeur pour nous. Il y a des Ossètes qui nous ont protégés, mais d'autres ont pillé nos affaires, meubles, vêtements, avant de tout incendier. On a eu très peur", dit une femme.

Le convoi arrive à Gori, la ville natale de Staline. On aperçoit un vieil homme et sa béquille par la fenêtre de l'autocar. Il y a surtout des femmes, des vieux et des invalides. Les plus jeunes sont partis lorsque l'armée géorgienne a attaqué l'Ossétie du Sud, il y a une semaine. On retrouve ces réfugiés âgés, qui n'ont pu emporter qu'un sac de toile et quelques photos de familles, installés dans un internat pour enfants... Une autre image, qu'on voyait partout lundi soir, était celle des tanks russes se forçant sans ménagement un passage à Igoeti en bousculant des voitures (vides) de la police géorgienne censées leur barrer la route. "L'incident est symbolique de la toute-puissance de l'armée d'occupation russe en Géorgie. D'ailleurs à chaque point de contrôle, les seuls papiers qui comptent son ceux reconnus par Moscou", constatait Michel Scott, sur LCI. Une dernière scène, sur Euronews. Elle est filmée dans un camp de réfugiés géorgiens, administré par la Croix-Rouge, près de Tbilissi. "Mes parents sont toujours dans un village, à 80 km de Gori. Je ne sais même pas s'ils sont encore vivants. Mon nom est Gari Sabachvili et je n'ai aucune idée ce qui est arrivé à ma maison", raconte ce Géorgien désemparé, assis sur un lit de camp. Le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés estime que 118 000 personnes ont été déplacées depuis le début du conflit. Les scènes qu'on voit chaque soir au journal télévisé sont celles d'un nettoyage ethnique. Les Ossètes, avec l'approbation des Russes, se débarrassent de Géorgiens qui vivaient, parfois depuis des générations, parmi eux. Les Misères et malheurs de la guerre sont un spectacle vieux comme le monde. Les reportages télévisés ont simplement remplacé les gravures de Jacques Callot.

Dominique Dhombres

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