2008-08-14

Les Européens veulent, à l'ONU et à l'OSCE, contraindre les Russes à la paix




http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/08/14/les-europeens-veulent-a-l-onu-et-a-l-osce-contraindre-les-russes-a-la-paix_1083470_3214.html
14.08.08 | 11h35

aintenant, tout est à faire." A la sortie de la réunion des ministres des affaires étrangères européens, mercredi 13 août à Bruxelles, le ministre français, Bernard Kouchner, était lucide sur la solidité de l'accord politique conclu la veille entre la Géorgie et la Russie sous la médiation de la France.

Fort du soutien des Vingt-Sept, Paris s'est lancé, avec ses partenaires européens, dans une course de vitesse tant qu'un semblant de cessez-le-feu existe en Géorgie. "Aujourd'hui, ça passe ou cela casse", affirme un diplomate Français. Deux négociations décisives sont en cours. La première à New York, où les Français veulent faire adopter une résolution par le Conseil de sécurité des Nations unies. Objectif, selon M. Kouchner, "transformer l'accord politique en document juridique", qui le rendrait obligatoire. Le texte est un copier-coller de l'accord Géorgie-Russie, mais il achoppait, mercredi dans la nuit, sur son premier considérant : celui-ci réaffirme notamment l'intégrité territoriale de la Géorgie et les Russes ne veulent pas en entendre parler. Les détails seraient renvoyés à une négociation entre les Géorgiens et les Ossètes du Sud, sécessionnistes de la Géorgie, les Russes prétendant qu'ils ne sont pas partie au conflit. L'affaire donnerait de la visibilité au président d'Ossétie du Sud, Edouard Koïkoty.

La seconde négociation se déroule à partir de 11 heures à Vienne, au siège de l'OSCE, où siègent 56 pays, y compris la Russie, la Géorgie et les Etats-Unis. L'objectif est d'envoyer sur le terrain des Européens. "Contrôleurs, médiateurs, le nom importe peu, explique M. Kouchner. Nous sommes déterminés à agir sur le terrain." L'idée est donc de renforcer l'OSCE, qui a 150 observateurs en Ossétie du Sud, dont 8 militaires. Les Européens souhaitent envoyer un renfort d'une centaine de personnes. C'est le moyen juridique le plus efficace qui a été trouvé. L'envoi de soldats de la paix de l'ONU, souhaité fortement par les Polonais, exige une résolution de l'ONU. L'attitude des Russes sera décisive. "A l'OSCE, les décisions se prennent par consensus. S'ils veulent s'y opposer, contrairement à l'ONU, ils vont devoir sortir du bois", commente-t-on à Paris.

L'enjeu est de savoir ce qui se passe réellement sur le terrain, alors que courent les rumeurs les plus invérifiables, prétexte à faire capoter l'accord de paix. Ainsi, mercredi après-midi, l'on apprenait que les Russes continueraient d'arpenter la Géorgie. Joint au téléphone, le ministre des affaires étrangères russes, Sergueï Lavrov, fait diversion et commence à chipoter sur l'accord de la veille, accusant le président géorgien Saakachvili de ne pas l'avoir signé formellement. Mais le président russe Medvedev non plus !, rétorque-t-on côté français.

La négociation se poursuit alors que les Américains commencent eux aussi à s'agacer. George Bush a envoyé sa secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, rencontrer jeudi le président Sarkozy et M. Kouchner au fort de Brégançon. Elle ira ensuite à Tbilissi, pour manifester, selon l'expression de M. Bush, la "solidarité" des Etats-Unis avec la Géorgie. Enfin, mardi, une réunion ministérielle de l'OTAN, demandée par la Pologne, permettra de hausser le ton.

Les Européens ont eu une bonne réunion. Concrètement, la Commission a dégagé une aide d'urgence d'un million d'euros. Avec elle, Javier Solana, chef de la diplomatie européenne, va préparer pour le début de semaine des propositions d'intervention européenne. Le succès au moins temporaire de la médiation européenne a empêché l'Union d'exploser entre prorusses, à commencer par les Allemands, et anciens vassaux de la Russie, notamment la Pologne et la Lituanie.

L'accord ne pouvait qu'être approuvé. Chacun s'exprime, fait ses remarques, au cours de trois heures de réunion. Le ministre lituanien, Petras Vaitiekünas, indique avant la réunion qu'il demandera l'inclusion du principe de l'intégrité territoriale dans les conclusions européennes. Il obtient satisfaction. Le ministre britannique, David Miliband, souhaite un réexamen du projet de partenariat de la Russie avec l'Union européenne et obtient que le sujet soit au menu de la prochaine rencontre des ministres des affaires étrangères à Avignon, les 5 et 6 septembre.

Pour la première fois, analyse un diplomate français, les Européens se sont projetés dans l'action, quitte à s'asseoir sur leurs principes, au lieu de rédiger des conclusions moralisatrices. L'urgence est d'"arrêter la guerre" et non de "dire qui sont les bons et les méchants", a assuré M. Kouchner. L'opinion du chantre de l'ingérence humanitaire est partagée par l'adepte de la Realpolitik, le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. "Nous ne stabiliserons le Caucase ni sans ni contre les Russes, mais avec les Russes", a indiqué l'ex-bras droit du chancelier Schröder, qui s'est interrogé sur les critiques faites à Moscou : "Je laisse à votre sagacité le soin de savoir si de telles prises de position sont positives." Quant à l'exclusion de la Russie du G8, il l'a ecartée. "Cette décision a été prise pour faire de la Russie un acteur responsable. Ce ne serait pas utile de revenir en arrière."

Arnaud Leparmentier (avec Thomas Ferenczi)

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