lundi 11 août 2008, mis à jour à 19:32
Reuters
La Russie reste sourde aux appels des pays occidentaux à un cessez-le-feu immédiat en Géorgie dont les autorités accusent Moscou de chercher à renverser le gouvernement en place.
La Commission européenne, la Grande-Bretagne et les chefs de la diplomatie du G7 ont appelé Moscou à cesser les combats et respecter l'intégrité territoriale de la Géorgie.
Tbilissi a proposé une trêve en assurant avoir retiré ses troupes de la région rebelle d'Ossétie du Sud qu'elle avait attaquée jeudi soir pour tenter d'en reprendre le contrôle.
Mais la Russie accuse la Géorgie de continuer à bombarder le territoire pro-russe et un journaliste de Reuters à Tskhinvali, la capitale sud-ossète, a pu voir lundi six hélicoptères de combat géorgiens bombarder des cibles aux abords de la ville désormais contrôlée par l'armée russe.
Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a répliqué aux puissances occidentales en déclarant que ces dernières se trompaient de cible dans leurs critiques envers Moscou et prenaient les agresseurs pour des victimes.
Parallèlement, l'armée russe a confirmé que ses troupes se dirigeaient vers la ville géorgienne de Senaki, hors du territoire de l'autre région sécessionniste d'Abkhazie. Elle a justifié cette opération par la nécessité d'empêcher les forces géorgiennes de se regrouper pour attaquer l'Ossétie du Sud.
Selon un responsable de la sécurité géorgienne, la Géorgie transférait lundi des troupes de la zone de conflit vers Tbilissi.
SARKOZY ATTENDU MARDI À MOSCOUPlusieurs émissaires internationaux sont partis dans la région pour tenter de contribuer à une solution pacifique du conflit, à commencer par Bernard Kouchner, qui mène une médiation au nom de l'Union européenne.
Le chef de la diplomatie française, accompagné de son homologue finlandais Alexander Stubb, président en exercice de l'OSCE, est arrivé à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord (sud de la Russie), après une étape à Tbilissi. Les deux hommes sont attendus dans la soirée à Moscou.
Le président français Nicolas Sarkozy se rendra mardi dans la capitale russe, selon le Quai d'Orsay, et son homologue géorgien Mikhaïl Saakachvili a annoncé qu'il l'attendait également à Tbilissi le même jour.
Evoquant la venue de Stubb à Moscou, le président russe Dmitri Medvedev s'est prononcé pour l'envoi d'une mission de l'OSCE en Ossétie du Sud. Il a ajouté qu'une "part importante" des opérations russes en Ossétie du Sud était terminée.
Saakachvili a pour sa part déclaré qu'il était d'accord avec le plan de sortie de crise présenté par Kouchner, prévoyant la cessation des hostilités, le déploiement d'une force de maintien de la paix russo-géorgienne et le retour des troupes sur les positions antérieures au conflit.
1.600 MORTS SELON MOSCOULors d'une conférence de presse, le chef de l'Etat géorgien a aussi accusé la Russie de vouloir "remplacer le gouvernement à Tbilissi" et "contrôler les voies d'approvisionnement en énergie".
Washington et Londres ont exprimé leur soutien à leur allié géorgien en condamnant un "usage disproportionné" de la force par la Russie. George W. Bush a dit s'en être inquiété "fermement" auprès de Poutine et Medvedev. Son vice-président Dick Cheney a estimé que "l'agression russe ne peut rester sans réponse".
A son arrivée à Tbilissi, le nouvel émissaire américain, le sous-secrétaire d'Etat adjoint Matt Bryza, a accusé les Russes d'avoir préparé depuis un certain temps une "invasion" de la Géorgie.
Le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a jugé que les actions militaires russes observées depuis samedi allaient "bien au-delà de l'opération de maintien de la paix de la CEI (Communauté des Etats indépendants)" que Moscou affirme mener dans la région depuis les accords de trêve conclus dans les années 1990 entre Tbilissi et les provinces séparatistes.
La Russie a demandé une réunion avec l'Otan au niveau des ambassadeurs et Carmen Romero, porte-parole de l'Otan, a dit qu'elle se tiendrait probablement mardi.
Elle a ajouté que l'Otan soutenait une médiation internationale basée sur le maintien de l'intégrité territoriale de la Géorgie mais qu'elle n'avait aucun mandat pour jouer un rôle direct dans les conflits du Caucase.
Le département d'Etat américain a déclaré que les ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, du Japon, d'Italie, de France, d'Allemagne, de Grande-Bretagne et du Canada - le G7 - avaient tenu une téléconférence lundi et avaient exhorté la Russie à accepter un cessez-le-feu immédiat respectant l'intégrité territoriale de la Géorgie.
Un correspondant de Reuters au nord de la frontière avec l'Ossétie du Sud a pu voir plusieurs milliers de soldats russes épaulés par des dizaines de chars et des lance-roquettes multiples se diriger vers la région rebelle.
Dans l'autre région pro-russe d'Abkhazie, la Russie compte désormais plus de 9.000 hommes et 350 blindés, a déclaré un officier cité par l'agence Interfax.
Le bilan des affrontements reste impossible à vérifier.
La Russie a réduit lundi son nombre estimé des victimes du conflit à 1.600 civils tués, après avoir évoqué 2.000 morts. Le ministère russe des Affaires étrangères a également fait état de 15 soldats russes tués et de 70 autres blessés.
Saakachvili a déclaré lundi que 90% des victimes géorgiennes du conflit avec la Russie étaient des civils. Tbilissi disait auparavant que 80% des victimes étaient des militaires.
Dimanche, un responsable du gouvernement géorgien avait annoncé un bilan de 130 civils et militaires tués et 1.165 blessés.
Avec Tanya Mosolova à Moscou, Dmitri Solovyov à Bouron, Denis Sinyakov à Tskhinvali et Margarita Antidze à Gori, version française Jean-Stéphane Brosse

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