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TBILISSI — A reculons et malgré les concessions à Moscou qu'il comporte, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a signé vendredi l'accord préliminaire de cessez-le-feu avec la Russie, tandis que Washington faisait monter la pression sur les belligérants: Condoleezza Rice s'est déplacée à Tbilissi et le président George W. Bush a haussé le ton contre Moscou.
Au cours d'une conférence de presse conjointe avec la cheffe de la diplomatie américaine, le président géorgien a cependant affirmé qu'il ne se rendrait "jamais, jamais" et ne céderait encore moins une portion de son territoire face à des Russes qui "occupent" toujours la Géorgie.
Accusant Moscou d'avoir préparé l'invasion de son pays depuis des mois, il a reproché à l'Occident son absence de fermeté et d'avoir conforté la Russie en refusant, en avril, de lancer le processus d'adhésion de son pays à l'OTAN, attitude que Moscou a selon lui analysée comme une capitulation. "Vous avez affaire à des gens qui méprisent tout ce qui est humain", a-t-il lancé.
Mme Rice a de son côté dit avoir reçu la garantie que le président russe Dimitri Medvedev allait lui aussi parapher à l'identique cet accord controversé. "Avec cette signature par la Géorgie, cela doit avoir lieu, et avoir lieu maintenant", a-t-elle dit, avant d'exhorter Moscou à retirer "immédiatement et dans l'ordre" ses troupes et leurs forces supplétives du territoire géorgien.
Rice et Saakachvili sont restés enfermés ensemble plus de cinq heures et leur conférence de presse a été reportée de trois heures, signe que la discussion a été difficile et les réticences géorgiennes nombreuses.
Les Géorgiens réclamaient notamment des éclaircissements sur le point 5 de l'accord préliminaire, selon lequel "dans l'attente d'un mécanisme international, les forces de paix russes (...) mettront en oeuvre des mesures additionnelles de sécurité (...) tant que la confiance ne sera pas revenue entre les protagonistes".
Les Géorgiens redoutent que le flou et les divergences d'interprétation autour de ces "mesures additionnelles" n'ouvre en fait la porte au maintien des troupes russes en Géorgie.
Mme Rice était donc arrivée à Tbilissi porteuse d'une lettre signée par le président français Nicolas Sarkozy, artisan au nom de l'Union européenne de l'accord préliminaire, qu'elle avait rencontré la veille au Fort de Brégançon, détaillant ces "mesures additionnelles", ont fait savoir des responsables américains.
Il s'agirait, selon ces mêmes sources, d'autoriser les "soldats de la paix" russes présents en Ossétie du Sud, où ils sont déployés depuis les guerres séparatistes du début des années 90, à patrouiller provisoirement hors d'Ossétie du Sud, dans une zone de dix kilomètres de large longeant la région séparatiste, et ce uniquement jusqu'au déploiement d'observateurs internationaux. Lequel déploiement pourrait, selon Mme Rice, ne prendre que quelques jours.
Cherchant à apaiser Tbilissi, Mme Rice a affirmé que "les Etats-Unis ne demanderaient jamais à la Géorgie de signer quelque chose qui ne protégerait pas ses intérêts".
Et, pour contourner l'abandon de toute référence à l'"intégrité territoriale" de la Géorgie, autre concession sur laquelle Tbilissi s'étrangle et concept bel et bien enterré par Moscou, elle a réaffirmé la portée limité de cet accord: il ne concerne pas "l'avenir de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud", "il s'agit de faire sortir les forces russes".
Sur ce point, "nous constatons un élargissement de la zone d'occupation", a accusé Mikhaïl Saakachvili. "J'espère que le président Medvedev respectera et honorera sa propre signature et retirera ses forces des zones urbaines" où les forces russes "ont pénétré de façon totalement illégale", a ajouté le président géorgien.
Vendredi soir, les forces russes, constatait-on, restaient stationnées à 40km de Tbilissi. Mercredi, des journalistes de l'Associated Press avaient vu une colonne de 50 blindés faire mouvement de Gori, certains des équipages affirmant qu'ils se dirigeaient vers Tbilissi. Mais ils ont tourné en direction d'un champ situé à la sortie de la localité d'Igoeti, établissement un campement bien en vue de la route. Ils s'y trouvaient toujours vendredi.
A Paris, Nicolas Sarkozy a estimé que "les conditions sont maintenant réunies pour l'adoption rapide d'une résolution au Conseil de sécurité et la définition du mécanisme international qui sera chargé de vérifier la mise en oeuvre de l'accord sur le terrain".
A Washington, le président George W. Bush a tenu vendredi ses propos les plus fermes à l'égard de Moscou depuis le début du conflit. "La brutalité et l'intimidation ne sont pas des façons acceptables de mener la politique étrangère au XXIème siècle", a-t-il lancé, jugeant qu'"avec ses actions ces derniers jours, la Russie a mis à mal sa crédibilité et ses relations avec les pays du monde libre".
Et de noter que "la Guerre Froide est terminée. L'époque des Etats satellites et des sphères d'influence est derrière nous". Après des années passées à voir dans la Russie de Vladimir Poutine un partenaire, Washington, échaudé déjà par les divergences sur le Kosovo, l'élargissement de l'OTAN à l'est et le bouclier anti-missiles en Europe orientale, évoque donc désormais une révision de ses relations avec la Russie.
Mme Rice l'a répété elle aussi à Tbilissi. Il est temps, a-t-elle estimé, de se pencher sur les "conséquences" de l'invasion russe et "sur le rôle que la Russie veut vraiment jouer en politique internationale.

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