2008-08-18

La crise en Géorgie, une menace pour les projets énergétiques européens


http://canadianpress.google.com/article/ALeqM5htFyoAqenzAJUmNzYy8joKXYlxyg


VIENNE — Le conflit en Ossétie du Sud entre Tbilissi et Moscou peut frapper l'Union européenne là où cela fait mal: l'approvisionnement en gaz et pétrole venant d'Asie centrale. La Géorgie joue en effet un rôle central dans la stratégie européenne pour se dégager de la domination énergétique russe.

Inquiète, comme les Etats-Unis, de voir Moscou utiliser sa richesse énergétique comme une arme pour étendre son influence et se positionner comme une grande puissance mondiale, l'Union européenne tente de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, qui fournit un quart de son pétrole et la moitié de son gaz naturel.

A cette fin, les Européens ont développé des routes d'approvisionnement depuis les pays d'Asie centrale qui contournent la Russie. Tout un réseau d'axes énergétiques passe par l'ancienne république soviétique de Géorgie, en particulier l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui a failli être touché lundi par une frappe aérienne russe.

Aucune perturbation dans l'approvisionnement n'a été signalée pour l'heure et de fait les prix du pétrole sont orientés à la baisse. Mais ce raid illustre combien le conflit, qui voit la Russie tenter de retrouver son emprise sur la Géorgie, risque de réduire à néant les tentatives des Occidentaux pour diversifier des sources d'approvisionnement.

"Si la Géorgie n'est plus une voie de passage sûre, alors tous ces plans pour réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie vont partir en fumée", explique Michael Klare, auteur d'un ouvrage sur la géopolitique de l'énergie ("Rising Powers, Shrinking Planet, the New Geopolitics of Energy").

La Géorgie est en effet placée stratégiquement au coeur du réseau. L'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) entre l'Azerbaïdjan et la Turquie fournit aux marchés internationaux un million de barils de brut de la Caspienne en provenance de fournisseurs indépendants, non seulement de la Russie mais aussi de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). De moindres volumes passent par l'oléoduc entre Bakou et le port géorgien de Soupsa.

Les ports géorgiens constituent une plate-forme majeure pour le brut de la Caspienne venant d'Azerbaijan, du Turkménistan et du Kazakhstan. Plus de 500.000 barils quittent chaque jour ces ports et des projets sont en cours pour augmenter cette capacité de 200.000 barils supplémentaires.

Le gaz à destination des Européens transite aussi par la Géorgie, notamment via le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum entre l'Azerbaïdjan et la Turquie. Les livraisons annuelles de plus de 6,5 milliards de mètres cubes seront quasiment triplées dans les prochaines années avec l'expansion du gazoduc.

L'importance de la Géorgie dans les efforts de diversification est aussi symbolique. Récemment, Steve Levine, auteur de "The Oil and the Glory" (le pétrole et la gloire) estimait que l'oléoduc BTC constituait "la première brèche significative dans le contrôle exclusif que la Russie détenait jusque-là sur tout le pétrole et le gaz naturel des Etats de la mer Caspienne". "Désormais la Russie ne mène plus le jeu en toute impunité", explique-t-il. "L'Azerbaïdjan et la Géorgie, par exemple, s'appuie sur cet oléoduc (...) pour l'indépendance politique."

Pour Michael Klare, l'importance stratégique de la Géorgie remonte à la décision de l'administration de l'ex-président américain Bill Clinton de choisir ce pays du Caucase comme route alternative pour l'acheminement du pétrole et du gaz de la Mer Caspienne vers l'Ouest. "Depuis, la Géorgie a été l'un des principaux destinataires de l'aide militaire américaine", a-t-il expliqué à l'Associated Press. "Bien sûr, cela a fait enrager les Russes, et ils ont décidé de tenter d'affaiblir les liens entre la Géorgie et l'Occident par tous les moyens possibles."

Les armes de choix pour ce faire, étaient les provinces séparatistes d'Ossétie du Sud, à l'origine du conflit, et d'Abkhazie. Dans ces deux régions à majorité russe, le Kremlin a établi une présence armée, comme "des poignards dans le coeur même de l'indépendance de la Géorgie", selon Michael Klare.

Moscou n'a ainsi pas tardé à répondre, avec toute sa puissance de feu, à l'offensive lancée par Tbilissi pour reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud. L'armée russe a également ouvert lundi un nouveau front du côté de l'Abkhazie.

Tout cela a de quoi inquiéter les Européens, alors que la Géorgie apparaissait une candidate idéale pour le projet de gazoduc Nabucco entre la Mer Caspienne et l'UE. Une autre solution serait de passer par l'Arménie. Mais là encore, les tensions séparatistes font peser un risque d'instabilité, avec l'enclave arménienne du Nagorno-Karabakh en Azerbaïdjan. La question du Nagorno Karabakh "est aussi difficile à résoudre que celle de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud", juge Michael Klare. "Et la Russie peut semer la pagaille là aussi."

No comments: