
12 Aug 2008- 10h30
Par Irakli METREVELI AFP - il y a 56 minutes
TBILISSI (AFP) - La place centrale de la ville géorgienne de Gori a été bombardée mardi, faisant des victimes, tandis que des bâtiments universitaires sont en feu, a annoncé la télévision publique géorgienne.
La Géorgie a accusé lundi soir les troupes russes d'occuper la "majeure partie" de son territoire et l'armée géorgienne se préparait à défendre la capitale, Tbilissi, alors que la Russie a affirmé de son côté ne pas vouloir l'attaquer. "La majeure partie du territoire de la Géorgie est occupée", a déclaré le président de Géorgie, Mikheïl Saakachvili, dans une allocution télévisée.
La Russie "semble avoir l'intention de renverser le gouvernement", a estimé le secrétaire du Conseil de sécurité géorgien, Alexandre Lomaïa.
Le président américain George W. Bush a lui aussi laissé entendre mardi que la Russie semblait vouloir renverser le gouvernement géorgien. "Ces actions menacent les relations avec les Etats-Unis et l'Europe", a ajouté M. Bush. "Le gouvernement russe doit changer la politique qu'il semble mener et accepter l'offre de paix (de la Géorgie, ndlr) comme premier pas vers la solution de ce conflit", a-t-il demandé.
De son côté, l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, Zalmay Khalilzad, a déclaré qu'il avait reçu de son homologue russe Vitali Tchourkine l'assurance que le renversement du président géorgien n'était "pas le but de la Fédération de Russie".
Le Premier ministre géorgien Lado Gourguenidze a annoncé à la télévision dans la nuit de lundi à mardi que les troupes russes étaient entrées dans le port de Poti, un terminal pétrolier sur la mer Noire. "A cette heure, l'armée d'invasion de la Fédération de Russie est entrée sur le territoire géorgien (...). L'armée géorgienne se retire pour défendre la capitale", avait proclamé un peu plus tôt le gouvernement géorgien.
M. Saakachvili a cependant appelé les habitants de Tbilissi à garder leur calme, tout en estimant que la ville était "menacée". Il a en outre juré que la Géorgie ne se rendrait "jamais", dans une interview téléphonique lundi à la chaîne de télévision américaine CNN.
Dans l'ensemble la situation était paisible dans la capitale géorgienne, même si les habitants de la ville commençaient à faire la queue dans les magasins et les stations services pour stocker des produits de première nécessité et de l'essence, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le ministère de la Défense à Moscou, cité par Interfax, a assuré pour sa part que les forces russes n'avaient aucune intention de se diriger vers Tbilissi. Il a annoncé un peu plus tard que ses troupes s'étaient retirées de la ville géorgienne de Senaki (ouest). Tbilissi a confirmé ce retrait, ajoutant cependant que la base militaire géorgienne s'y trouvant avait été détruite par l'armée russe. La Russie a par ailleurs démenti que ses troupes occupent la ville de Gori, à 90 km de la capitale géorgienne.
Le gouvernement géorgien est revenu sur ses déclarations précédentes à ce sujet, indiquant que Gori, un noeud stratégique entre l'est et l'ouest du pays, n'était pas occupé par des troupes russes mais que ces dernières s'étaient positionnées dans les alentours.
Près de 80% des 50.000 habitants de Gori ont cependant fui la ville, d'après un porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés (HCR).
La situation humanitaire en Ossétie du Sud et en Géorgie est "très grave", selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui se prépare à envoyer 15 tonnes d'aide médicale.
Selon un reporter norvégien sur place, des troupes russes ont aussi fait une incursion lundi dans la ville géorgienne de Zougdidi, proche de la république séparatiste d'Abkhazie.
La Russie a aussi déployé 9.000 soldats supplémentaires en Abkhazie, qui s'ajoutent aux 2.500 soldats de maintien de la paix déjà présents dans cette région séparatiste de Géorgie, selon un responsable du commandement russe.
Pendant ce temps, un ballet diplomatique se poursuivait pour pousser les deux camps à arrêter les hostilités, avec des appels à la trêve et des tentatives de médiation.
Le Conseil de sécurité s'est à nouveau réuni lundi à huis-clos à New York. La Russie a jugé dans la soirée que le projet de résolution préparé par les diplomates occidentaux à l'ONU demandant un "cessez-le-feu immédiat" en Géorgie n'était pas acceptable en l'état, estimant qu'il était "prématuré" et ne prenait pas en compte certaines de ses exigences.
Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays préside l'Union européenne, se rend mardi à Moscou puis à Tbilissi. Son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, attendu dans la nuit à Moscou après une étape à Tbilissi, a déclaré que Mikheïl Saakachvili a "accepté à peu près toutes les propositions" de l'Union européenne, et de l'OSCE pour arrêter le conflit.
Mais le premier vice-Premier ministre russe Sergueï Ivanov a écarté les propositions de l'UE, estimant qu'il fallait un "engagement écrit signé d'un côté par la Géorgie et de l'autre par l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie (ses deux républiques séparatistes), de ne plus jamais recourir à la force à l'avenir".
Le représentant permanent de la Russie auprès de l'Otan, Dmitri Rogozine, a obtenu l'organisation mardi d'une réunion extraordinaire Otan/Russie, affirmant que le président géorgien "n'est plus un homme avec qui nous pouvons avoir affaire". Les présidents de cinq pays de l'ancienne sphère soviétique --la Pologne, l'Ukraine et les trois Etats baltes-- vont aussi se rendre d'urgence à Tbilissi pour soutenir la Géorgie, selon un conseiller du président polonais Lech Kaczynski.
Le Premier ministre russe Vladimir Poutine s'en est pris avec virulence aux Etats-Unis, accusant Washington de "gêner" les opérations militaires russes en aidant au rapatriement des soldats géorgiens d'Irak. Il a dénoncé le "cynisme" américain et sa "capacité à présenter l'agresseur en victime de l'agression". M. Poutine a comparé les autorités géorgiennes à l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein.
Le Pentagone a déclaré lundi avoir été surpris par la rapidité de l'intervention russe en Ossétie du Sud et dit chercher encore à comprendre ce qui s'est passé exactement.
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