2008-08-17

Géorgie: la Russie signe l'accord de cessez-le-feu, mais tarde à retirer ses troupes

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IGOETI, Géorgie — Le président russe Dimitri Medvedev a signé à son tour samedi l'accord préliminaire prévoyant un cessez-le-feu en Géorgie, paraphé la veille avec réticence par son homologue géorgien Mikhaïl Saakachvikli. Aucun retrait des forces russes n'a cependant été amorcé, Moscou se réservant le droit de prendre le temps nécessaire pour le mettre en oeuvre, en fonction de conditions "de sécurité" non spécifiées.

Le porte-parole de M. Medvedev, Alexeï Pavlov, a indiqué sans autre précision que le chef du Kremlin avait signé l'accord samedi à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, où il possède une résidence et où il avait reçu la veille la chancelière allemande Angela Merkel. L'accord préliminaire négocié par le président français Nicolas Sarkozy au nom de l'Union européenne prévoit notamment le retrait des belligérants sur les positions qu'ils occupaient avant le début des combats le 8 août.

Sur le terrain, les forces russes ont quitté le centre d'Igoeti, ville située à 50km de la capitale géorgienne Tbilissi. Mais elles ont ensuite pris position sur des hauteurs non loin d'Igoeti, creusant des trous individuels et emplacements défensifs. Chars et soldats ont été également été aperçus en train de s'installer autour de Kaspi, à 35km à l'ouest de Tbilissi.

Aucune ébauche de retrait n'a non plus été constatée à Gori, dans le centre de la Géorgie et au sud de la province séparatiste d'Ossétie du Sud. L'armée russe a pu couper la Géorgie en deux en prenant le contrôle de Gori, ville stratégiquement située le long du principal axe routier est-ouest géorgien. La chaîne de télévision géorgienne Rustavi a de son côté rapporté que les forces russes ont "saboté" un pont ferroviaire à Kaspi, coupant le réseau géorgien. La Russie a démenti ces informations.

L'ambassadeur de France en Géorgie Eric Fournier, qui s'est rendu samedi à Gori, a constaté que "les Russes ne quittent pas la Géorgie comme ils en ont pris l'engagement ce (samedi) matin". La situation des populations civiles, a-t-il déclaré sur France Info, est très précaire. Les civils, très peu nombreux, sont principalement "des femmes, avec des enfants, qui n'ont presque plus rien à manger". Ils se cachent des "maraudeurs qui viennent la nuit voler dans les maisons et qui repartent avec des camions chargés de tout ce qu'ils ont pu voler".

Les forces russes, par ailleurs, tiennent toujours Sennaki, dans l'ouest de la Géorgie, ce qui leur permet de contrôler les accès à Poti, ville portuaire sur la Mer Noire, et à l'Abkhazie au nord. Des journalistes d'Associated Press ont observé samedi un renforcement du contingent russe à Sennaki, où l'artillerie (canons, blindés) a été déployée pour contrôler les environs.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a confirmé que Dimitri Medvedev avait signé l'accord de cessez-le-feu et ordonné sa mise en oeuvre. Mais M. Lavrov a laissé entendre qu'il ne fallait pas s'attendre à un retrait rapide des forces russes. Cela dépendra de "mesures de sécurité supplémentaires" qu'il n'a pas détaillées. Et cela prendra "le temps qu'il faudra".

Si les unités de combat russes doivent se retirer de Géorgie en vertu de l'accord préliminaire, le document autorise des "forces de maintien de la paix russes" déployées en Ossétie du Sud à mener des patrouilles à proximité de la province séparatiste. Il n'y a aucun "plafond" au nombre de ces forces de maintien de la paix, a souligné M. Lavrov.

La présidence française a rappelé samedi soir que l'accord implique le retrait russe de Gori et des principaux centres urbains de la Géorgie. Quant aux "mesures additionnelles de sécurité", elles ne doivent "en aucune manière" limiter ou "mettre en danger la liberté de mouvement et de circulation le long des axes routiers et ferroviaires de la Géorgie", note encore l'Elysée.

A Crawford, au Texas où il passe le week-end dans son ranch, le président américain George W. Bush a souligné samedi que l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie devaient "continuer à faire partie de la Géorgie". Il n'y a pas de "place pour un quelconque débat sur ce point", a-t-il averti.

La Russie avait affirmé jeudi que la Géorgie pouvait "oublier" tout espoir de récupérer un jour ces régions séparatistes, soutenues par Moscou. Le président russe avait ensuite reçu au Kremlin les dirigeants d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, réveillant les craintes d'un rattachement à la Russie de ces territoires.

George W. Bush a également exhorté la Russie à honorer l'accord de cessez-le-feu et retirer ses troupes de Géorgie. Les relations entre les Etats-Unis et la Russie se sont envenimées depuis le début du conflit, Washington jugeant désormais le temps venu de se pencher sur les "conséquences" de l'invasion russe et "sur le rôle que la Russie veut vraiment jouer en politique internationale".

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