
Un soldat plaisante à un check point : «On arrive à Gori, on rentre dans la ville : personne. Pas de policiers. On s’installe autour de la ville. Le lendemain on sort, on avance de dix kilomètres, toujours personne. Le lendemain on avance encore. C’est l’histoire de la curieuse et méticuleuse occupation russe du territoire géorgien. La police géorgienne reculant pour éviter une confrontation après le cessez-le-feu, l’armée russe s’est tranquillement installée à portée de feu de Tbilissi. Sur les hauteurs d’Igoeti, à 40 kilomètres de la capitale, des chars ont été enterrés, le long de l’axe principal du pays, coupé en deux par les forces russes qui ont aussi installé là des batteries de canons de 155 mm et des lance-roquettes multiples GRAD.
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Maisons brûlées. Les journalistes qui veulent aller plus loin que Gori, vers l’Ossétie du Sud, doivent avoir une accréditation russe. Depuis quelques jours, des visites sont organisées par l’armée russe à Gori et à Tskhinvali pour la presse étrangère. Mais il est impossible, officiellement pour «raisons de sécurité», de se déplacer seul dans la ville pleine de soldats russes. Impossible d’en sortir aussi, surtout si c’est pour se rendre dans les villages géorgiens qui étaient enclavés au nord , en plein territoire ossète, et où, selon Tbilissi, il y aurait eu un «nettoyage ethnique» de la population géorgienne. Selon plusieurs témoignages, la majorité des maisons visibles de la route ont été brûlées.
Les habitants de Tskhinvali se méfient de la presse occidentale accusée de propagande antirusse. «Pourquoi vous ne dites pas la vérité ?» s’exclame Zalina Tskhovrebova,, qui a perdu son frère et sa sœur dans les bombardements. «Pourquoi vous dites que la Russie a envahi la Géorgie, alors que c’est la Géorgie qui nous a attaqués ? Si les Russes n’étaient pas venus nous sauver, vous parleriez aujourd’hui à des cadavres, les Géorgiens nous auraient tous exterminés !» Des deux côtés, on s’accuse de «génocide». Selon le rapport d’Human Rights Watch, le chiffre de 2 000 victimes à Tskhinvali, avancé par les autorités russes, est «exagéré». La ville n’a pas été rasée mais les dégâts sont importants. Quant à Gori où les dégâts sont beaucoup moins importants qu’à Tskhinvali, les bombardements ont fait 28 morts, selon le médecin en chef de l’hôpital, Nukri Djokhadze.
«Ils ont tué mon mari.» Les villages au sud, entre Tskhinvali et Gori, autrefois sous administration géorgienne, ont été vidés de leur population par des pillards non-identifiés en provenance d’Ossétie. «Ils ont tué mon mari et mon beau-frère d’une balle dans la nuque. Ils ont pris notre voiture, nos deux tracteurs, et en repartant ils m’ont dit : "Vous ne méritez que ça !"», raconte Goulnara Melitaouri, du village de Tkviavi, au milieu de la route entre Gori et Tskhinvali. Et pour ces Géorgiens qui vivaient avant en bons voisins avec les Ossètes, il semble y avoir peu d’espoir de retour. Le président Kokoïty a affirmé que l’Ossétie serait désormais peuplée à 100 % d’Ossètes. Pour Zalina, Ossète de Tskhinvali la cause est entendue : Il sera impossible aux Géorgiens de revenir, car «trop de sang a coulé». .
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