2008-05-06

Quelles chances de paix pour le Nagorno-Karabakh ?



http://caucase.courriers.info/article0129.html

Par Fariz Ismailzade

L’Arménie et l’Azerbaïdjan ne pouvaient pas cacher leur déception à l’issue de l’échec du sommet présidentiel qui s’est tenu en France à la fin février et qui n’a offert aucune perspective de paix pour la région du Nagorno-Karabakh. Les négociations sont au point mort, les violations du cessez-le-feu en augmentation constante des deux côtés, et l’Azerbaïdjan a repris son discours belliqueux en assurant qu’il aurait recours à la force militaire pour reconquérir ce territoire.
Mise en ligne : vendredi 31 mars 2006
Première publication : 16 mars 2006

Traduit par Jacqueline Dérens

À la suite du sommet des 10 et 11 février avec le Président arménien Robert Kocharian, son homologue azerbaidjanais Ilham Aliyev a repris son discours belliqueux, en déclarant aux journalistes locaux : « il est temps que l’Azerbaïdjan reconsidère le cours des négociations et envisage d’autres options ». Il aussi rendu visite aux tranchées de la région de Ter-Ter sur la ligne de cessez-le-feu, en arborant une tenue militaire, ce qui a été interprété comme un gage donné aux sentiments militaristes largement répandus en Azerbaïdjan.

Le Président Kocharian, selon plusieurs médias, a répondu sur le même ton : « si le processus de paix ne donne aucun résultat, l’Arménie reconnaîtra l’indépendance du Nagorno-Karabakh ». Le ministre des Affaires étrangères d’Arménie, Vartan Oskanian, a déclaré que les menaces de l’Azerbaïdjan ne changeraient pas la position de l’Arménie sur le Karabakh. « L’Azerbaïdjan n’osera pas commencer une guerre car il n’est pas prêt », a-t-il déclaré à TV Shant.

Mais il semble bien que l’Azerbaïdjan aille vers une escalade militaire. Le 16 mars, Le Président Aliyev a demandé que le budget militaire soit « égal au budget total de l’Arménie » d’ici quatre ans, rapporte l’agence russe Itar-Tass.

Pour certains médias d’Azerbaïdjan, toutefois, les deux parties adoptent des postures belliqueuses pour prendre l’avantage à la table des négociations. « Les responsables militaires d’Arménie et d’Azerbaïdjan continuent à faire des menaces en l’air », commentait le quotidien de langue russe de Bakou Zerkalo le 11 mars dernier. Au-delà des discours, le désir de négocier de Bakou n’est pas clair. Lors d’une conférence de presse devant la diaspora azérie, le 16 mars, le Président Aliyev a affirmé que l’Azerbaïdjan continuerait les discussions pour la paix « aussi longtemps qu’il y aura une chance de règlement politique... Mais si nous voyons que ce processus tourne à un simulacre, nous le quitterons », a rapporté ITAR-TASS. Le Président Aliyev a poursuivi en ajoutant qu’accorder au Nogorno-Karabakh un statut d’autonomie au sein de l’Azerbaïdjan était « possible », mais en soulignant que « jamais nous ne serons d’accord pour perdre une partie de notre territoire ».

Les médiateurs internationaux semblent de plus en plus inquiets, alors que le temps passe sans règlement pacifique pour un conflit qui dure depuis 18 ans. Le 7 mars, les co-présidents du Groupe de Minsk pour l’OSCE, la France et les USA, qui facilitent les négociations sur le Karabakh, se sont à nouveau réunis à Washington pour évaluer le processus de paix. Le groupe avait instamment demandé à l’Arménie et à l’Azerbaïdjan de ne pas rompre les négociations. La réunion du Groupe de Minsk a coïncidé avec le sommet entre le Secrétaire d’Etat américain Condoleezza Rice et le Ministre des affaires étrangères de Russie, Sergei Lavrov à Washington qui a aussi comporté une résolution sur le Nagorno-Karabakh.

Des observateurs locaux pensent que Washington emploie la stratégie de la carotte et du bâton pour maintenir l’Azerbaïdjan à la table des négociations. Le bâton est représenté par le rapport annuel du département d’État sur les droits de la personne, un document qui critiquent sévèrement le respect du droit de vote aux élections législatives de novembre 2005, et l’utilisation de la torture et des arrestations arbitraires par les forces de l’ordre.

Des rumeurs courent aussi sur une éventuelle invitation du Président Aliyev à rencontrer le Président Bush à Washington au printemps prochain, s’il y avait une avancée dans les négociations sur le Karabakh. « Il n’est pas exclu que les Etats-Unis utilisent cette invitation à Washington comme une incitation à obtenir des concessions de la part du Président Aliyev », assure Tabib Huseynov, un expert indépendant pour le conflit du Nagorno Karabakh. Le gouvernement américain n’a cependant pas donné d’indication si cette visite était vraiment envisagée.

Le but actuel de la diplomatie américaine semble être de garder toutes les voies de communication ouvertes. Le 14 mars, lors d’une conférence de presse à Bakou, Daniel Fried, adjoint au Secrétaire d’État pour les Affaires européennes et eurasiennes, a reconnu que Washington était « déçu par les résultats des discussions de Rambouillet ». Mais il a ajouté que « le processus des négociations continue et nous espérons que le conflit sera résolu en 2006 ». Steven Mann, le vice-président américain du Groupe de Minsk, qui était arrivé à Bakou la veille, avait déclaré que « le printemps 2006 sera une période importante pour les discussions sur le Nagorno-Karabakh ».

Les responsables américains ont clairement fait savoir que les intérêts économiques seraient avantagés par un règlement négocié au Karabakh. « Ceux qui veulent la guerre devrait d’abord se poser la question de savoir ce que deviendraient les frontières stratégiques de l’Azerbaïdjan si la guerre éclate ? Quelle sera la situation de l’approvisionnement énergétique et celui des investissements ? Je connais bien les Azéris et je ne crois pas qu’ils veuillent la guerre à nouveau », a déclaré Steven Mann sur ANSTV.

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